Récit d’un allaitement réussi (suite)

Les premiers jours d’allaitement n’ont pas été simples pour l’Oursonne et moi. Mais cela ne nous a pas empêchées de vivre ensuite un allaitement heureux ! Futures ou jeunes mamans allaitantes, si vous cherchez un (long !) témoignage rassurant, on continue par ici :

Tony Ross
Tony Ross

Chapitre 1 : avant l’accouchement. Comment je me suis décidée puis préparée à allaiter avant la naissance de l’Oursonne.

Chapitre 2 : à la maternité. Ou : un allaitement réussi, ça peut commencer dans la douleur. Haut les coeurs !

Jour 1 : rien. Les gens comparent parfois l’accouchement à un marathon. Quand on choisit d’allaiter, on touche à peine la ligne d’arrivée de cette première course qu’il faut déjà prendre le départ de la suivante. L’Oursonne est née le dimanche 11 janvier, à 1 heure du matin. Quand je l’ai mise au sein pour la première fois, nous venions de vivre un long déclenchement d’accouchement qui s’est soldé par une césarienne en urgence. En salle de réveil, j’ai pincé maladroitement mes tétons pour vérifier si du colostrum en sortait et j’ai été soulagée de voir que c’était le cas. Il n’y avait rien jusque là, et hop ! La nature est bien faite, non ? J’ai donc fait une première tentative pour nourrir mon bébé, seule puis coachée par une infirmière (à ce moment-là je n’ai pas trouvé ça surprenant mais j’y reviendrai) mais l’Oursonne n’a pas tété. La journée, puis la nuit qui a suivi, elle n’a rien avalé, a recraché des petites bulles de façon presque permanente (des glaires, m’a expliqué une puéricultrice), et expulsé beaucoup, beaucoup de colostrum. Elle avait manifestement beaucoup d’autres choses à faire que manger. Je crois que je ne m’en suis même pas inquiétée, moi aussi j’avais la tête à autre chose et je ne pensais presque plus à l’allaitement. J’étais sous le choc de l’accouchement, j’avais mal partout, les visites s’enchaînaient. La seule chose que je voulais, c’était sentir mon bébé près de moi, et j’avais l’impression qu’elle était sur la même longueur d’ondes.

Jour 2 : tâtonnements. Près de 36 heures après l’accouchement, il fallait bien s’y mettre ! L’Oursonne a été mise au sein, avec l’aide d’une puéricultrice très douce. En voyant mon bébé téter vigoureusement, elle m’a donné un bout de sein en silicone pour éviter les crevasses. J’ai aussi reçu la fameuse feuille sur laquelle on doit noter les heures et la durée des tétées, les pipis et les cacas. La deuxième course était officiellement lancée ! Il y a eu plusieurs tétées cet après-midi là, dont je ne me souviens pas très bien. Je me sentais très maladroite, l’Oursonne pleurait un peu lors de la mise au sein, qui était douloureuse pour moi malgré les bouts de sein. Pendant la tétée, je voyais un peu de colostrum passer dans le bout en silicone, et cela me rassurait. En revanche les tétées restaient très courtes, l’Oursonne fermait rapidement les yeux et cessait de téter pour se reposer. Le soir, l’infirmière qui faisait sa ronde s’est moquée de ma fille qui « tétouillait » du caoutchouc. A la maternité, tout le monde se mêle de l’allaitement, et chacun y va de son conseil contradictoire. Selon cette infirmière donc, il fallait absolument éviter le bout de sein, car le bébé tête moins efficacement. Docile, j’ai retiré le bout de sein. J’en ai été quitte pour deux heures de tentatives répétées avec force larmes de l’Oursonne. Finalement, j’ai remis le bout de sein, elle a tété et s’est apaisée. J’ai beaucoup regretté d’avoir écouté l’infirmière et j’ai eu l’impression d’avoir infligé à ma fille deux heures de souffrances inutiles. Après toutes ces émotions, l’Oursonne est partie à la pouponnière pour quelques heures de repos bien mérité.

Jour 3 : la menace. Le troisième jour a commencé très tôt. La puéricultrice de nuit a fait irruption dans ma chambre vers cinq heures, avec le petit berceau de l’Oursonne qui se mangeait les mains et m’a ordonné de la mettre au sein « au moins vingt minutes ». Sauf que comme la veille, l’Oursonne a fermé les yeux au bout de quelques minutes d’effort. Nous avons eu un peu plus tard la visite d’une autre puéricultrice, qui m’a appris à reconnaître le bruit de la déglutition. C’est là que je me suis rendue compte que ma fille déglutissait rarement. Ce jour-là, je suis allée pour la première fois à la pouponnière pour les soins du matin. L’Oursonne a été pesée, et avait encore perdu du poids. J’ai aussi eu le malheur de signaler qu’elle s’endormait au sein. La puéricultrice en chef, assez revêche, a commencé à parler de biberons de complément pour ma fille qu’elle appelait avec beaucoup de délicatesse « un quatre kilos » (« attention, il va falloir la compléter, elle, car c’est un quatre kilos »). Or j’avais retenu de mes lectures et des cours de préparation qu’il ne fallait surtout pas donner de biberon à un bébé qu’on veut allaiter. J’étais complètement braquée contre cette idée. J’ai rassemblé le peu de forces que j’avais (ouais j’avais déjà tout donné pour marcher jusqu’à la pouponnière et faire deux aller-retours jusqu’à ma chambre pour aller mettre des chaussons puis récupérer le bout de sein) pour dire que je ne voulais pas que ma fille soit « complétée ». La pédiatre qui a ausculté l’Oursonne après sa pesée n’a pas eu l’air affolée et nous a dit quelques paroles encourageantes et n’a pas mentionné les compléments. Le gros Ours et moi, nous avions cependant déjà basculé dans la panique la plus totale. Il voulait à tout prix me faire dire que j’accepterais les compléments pour ne pas laisser ma fille mourir de faim. Et moi, je m’accrochais de toutes mes forces à ma résolution d’allaiter. C’est cliché je sais, mais je crois que la césarienne m’a fait redoubler de motivation. Mon corps m’avait fait défaut, j’avais besoin de retrouver confiance en lui, et de réparer cet accouchement qui avait été si loin du naturel. Toute la journée, j’ai été obsédée par la menace des compléments, et j’ai multiplié les mises au sein. Elles étaient de plus en plus douloureuses. J’ai vu une fois du sang passer dans le bout de sein. L’Oursonne a hurlé. J’ai probablement pleuré. Ce soir-là, j’ai aussi fondu en larmes devant l’infirmière qui a, à son tour, recommandé des biberons de complément, m’a carrément demandé pourquoi je refusais, et a jugé contradictoire le fait que je m’accroche à un allaitement naturel alors que j’utilisais des bouts de sein. Alors qu’elle aurait pu se contenter de m’administrer mes anti-coagulants et de me donner du paracétamol (en prévision de la montée de lait, je n’avais plus droit aux anti-douleurs lus costauds…). J’étais dans un état de fragilité extrême : la fatigue physique de l’accouchement, les douleurs post-partum, la charge émotionnelle intense de la naissance, la chute des hormones, la montée de lait… Cette infirmière que j’aurais pu détester, est pourtant celle qui a enfin proposé une solution acceptable à mes yeux : tirer mon lait pour le donner au biberon à l’Oursonne. Avec le gros Ours, on est tombés des nues : pourquoi personne n’avait évoqué cette solution ? Le tire-lait de l’étage a donc été apporté dans la chambre. L’infirmière m’a aidée à le mettre en place. J’avais commencé dans la journée à ressentir quelques douleurs de contraction. Pendant la « tirée », cette douleur est revenue, plus intense, irradiant dans le bas du dos. Je me suis « regardée » à ce moment-là : branchée sur une machine, les larmes aux yeux, devant mon mari qui câlinait notre fille en lui disant que j’étais courageuse. Moi je me sentais tellement pathétique… Dernier coup à accuser pour la journée : la puéricultrice de nuit a refusé de prendre l’Oursonne à la pouponnière.

Jour 4 : le combat. Après le mode panique, j’ai dû enclencher pour ce quatrième jour le mode « warrior ». Dans la nuit, l’infirmière est venue prendre le berceau de l’Oursonne (qui hurlait au sein) pour me laisser un peu de répit. De courte durée cependant, puisqu’elle est revenue me réveiller après deux ou trois heures de sommeil, pour que je tire mon lait à nouveau. Le lait qui sortait, la douleur, le réveil en pleine nuit : bizarrement, tout ça m’a rendue combattive au lieu de me décourager. J’étais en paix avec la solution de donner des biberons à l’Oursonne pour lui donner des forces, sans cesser de lui proposer le sein très fréquemment. Dans la journée, je me suis fait prescrire la location d’un tire-lait lors de la visite de la sage-femme. Je me suis présentée deux fois à la pouponnière pour faire des « tétées pesées ». La première fois, l’Oursonne a dormi pendant presque toute la tétée. Une puéricultrice m’aidait à la déshabiller ou lui chatouiller les pieds pour la réveiller. Résultat : + 20g à la pesée après 40 minutes de tétée. C’était peu, mais c’était déjà ça. J’ai recommencé dans la soirée. Cette fois-ci, la balance n’a pas bougé entre les deux pesées. Je ne sais pas pourquoi, cela ne m’a pas atteinte. J’allais passer ma première nuit seule avec ma fille. J’avais mis mon réveil pour tirer mon lait plusieurs fois dans la nuit. Je ne voulais rien lâcher.

Jour 5 : la (petite) victoire. Au matin de ce jour de sortie, je me suis présentée dès 7h à la pouponnière pour une nouvelle « tétée pesée ». J’ai allaité l’Oursonne dans ma chambre, en regardant d’un œil les actualités à la télé. Petite parenthèse : c’était mon premier contact avec la réalité depuis mon départ à la maternité, le matin du 10 janvier. A la une, les funérailles de Wolinski qui devaient avoir lieu le matin même au père Lachaise. J’avais l’impression de revenir d’une autre planète. Bref. Cette fois-ci, la balance a affiché +40g. Victoire ! Une victoire qui m’a d’ailleurs laissée un peu amère. Finalement, ma date de sortie n’avait jamais été menacée. Pourtant, j’ai ressenti de la part de tout le personnel une immense pression sur la prise de poids de l’Oursonne et, donc, sur l’allaitement. J’ai eu le sentiment qu’on nous avait alarmés plus que nécessaire et j’ai trouvé ça vraiment regrettable. Surtout quand on sait à quel point le stress peut impacter la lactation. Mais bon, le principal à ce moment-là, c’est que nous étions prêtes à rentrer. J’avais tiré un biberon d’avance, et la valise était déjà bouclée quand le gros Ours est arrivé. Un nouveau chapitre pouvait commencer !

Et pour vous, c’était comment les débuts de l’allaitement à la maternité ?

Pour lire la suite, c’est par ici !

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5 commentaires sur « Récit d’un allaitement réussi (suite) »

  1. Toute mon admiration !!!
    Pour moi, la mise en route de l’allaitement s’est fait relativement facilement (si on oublie les tranchées douloureuses). Je ne sais pas si j’aurais eu autant de pugnacité que toi pour un premier allaitement après une césarienne, chapeau !

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  2. oulala! moi aussi j’accouche aux Diaconesses et ça ne fait pas trop envie, la façon dont on s’est occupé de toi, surtout pour une maternité pro-allaitement. Tu es une warrior, pour avoir perseveré envers et contre tous! je te tire mon chapeau pour avoir su t’écouter et suivre ton instinct!

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