Récit d’un allaitement réussi (suite et fin)

Les premiers jours à la maison, l’allaitement reste un challenge, que l’Oursonne et moi avons relevé ! La fin de mon (toujours… plus… long !) témoignage :

meeting
Sato Kanae

Chapitre 1 : avant l’accouchement. Comment je me suis décidée puis préparée à allaiter avant la naissance de l’Oursonne.

Chapitre 2 : à la maternité. Ou : un allaitement réussi, ça peut commencer dans la douleur. Haut les cœurs !

Chapitre 3 : à la maison. Encore quelques obstacles avant la sérénité…

De retour chez nous, je me suis retrouvée face à la responsabilité de devoir nourrir ma fille. Sans filet, mais avec l’aide précieuse du gros Ours. J’évitais encore de rester debout, et je me sentais totalement incapable de sortir dans la rue. Je me suis donc beaucoup reposée sur mon mari : il faisait les courses, la cuisine, lavait les biberons, et passait le reste du temps à nous câliner et à se reposer avec nous sur le canapé du salon qui est resté converti en lit plusieurs jours d’affilée. J’ai un souvenir assez flou de ces journées et nuits qui ont suivi notre retour. Nous suivions le rythme de l’Oursonne et tout se répétait en boucle : dormir, allaiter, tirer mon lait.

J’ai reçu la visite d’une sage femme le lendemain de notre retour. Elle a diagnostiqué des crevasses sur mes deux seins. « Aaaaah, ok, c’est ça, des crevasses ?! ». J’avais repéré ces petits points noirs, mais je n’en avais tiré aucune conclusion puisque je ne savais pas à quoi ressemblait des crevasses (je voyais ça un peu comme des ampoules). Elle m’a prescrit de la teinture mère de calendula (appliquée diluée plusieurs fois par jour après la tétée ; à rincer ensuite), et de la lanoline (dont je me suis enduite généreusement après chaque tétée pendant presque deux mois). Deux jours après, les crevasses étaient résorbées, et ne sont jamais revenues. La sage femme a trouvé l’Oursonne encore un peu trop endormie. Elle tétait environ toutes les 4 heures, il fallait passer à toutes les 3 heures. Personnellement, ça me chagrinait de réveiller mon bébé. Les mises au sein restaient compliquées (l’Oursonne n’arrivait pas à prendre le sein, s’arrêtait, pleurait, recommençait… ; et les premières secondes étaient douloureuses pour moi), je n’étais pas vraiment enchantée de multiplier les tétées. Nous avons obtempéré malgré mes réticences car, même si la sage femme était très douce, nous sentions tout de même un peu de pression : l’Oursonne devait retrouver son poids de naissance, et ma lactation ne devait pas faiblir. J’ai donc tiré mon lait plusieurs fois par jour. Une tétée sur deux était doublée d’un biberon d’au moins 60 mL pour l’Oursonne. J’avoue que j’y allais un peu à reculons car avec le tire-lait aussi, les premières secondes étaient douloureuses. Le nettoyage des biberons et du tire-lait me paraissait une logistique lourde dans ces circonstances. La situation était globalement stressante et fatigante, mais avec le recul je peux dire maintenant que cela a duré peu de temps.

L’Oursonne a mis finalement 17 jours à récupérer son poids de naissance. La sage femme m’a encouragée à me fier de plus en plus à l’efficacité des tétées pour compléter – ou non – avec un biberon. Ils se sont donc espacés naturellement et progressivement. Tout aussi progressivement, j’ai aussi cessé d’utiliser le bout de sein. Je le plaçais en début de tétée, et au bout de quelques minutes, quand le téton était bien formé, je proposais le sein à l’Oursonne sans le petit bout en silicone – et si ça ne marchait pas, je le remettais. J’étais un peu gênée de nos « loupés » en démarrage de tétée. Elle ne savait pas s’y prendre, j’avais mal. Peu à peu, l’appréhension de la mise au sein a disparu, mais il a fallu tout de même de nombreuses semaines. Je me souviens que lors de la visite post-natale avec le gynéco (l’Oursonne avait donc au moins six semaines), j’ai vu en salle d’attente une autre maman qui se débattait en début de tétée avec son nourrisson. Cela m’a rassurée de voir que je n’étais pas seule. J’ai en revanche fait cavalier seul sur la question « un sein ou les deux à chaque tétée ». On m’avait recommandé de donner les deux. Sauf que je n’ai jamais senti qu’un sein était « vide ». Je le rappelle, j’avais toujours en tête que le lait se produit au fur et à mesure en cours de tétée, et « vider un sein » n’avait donc pas de sens pour moi. Au début, je gardais l’œil sur l’heure : 20 minutes d’un côté, puis 20 de l’autre. Ça me semblait long, j’étais gênée que cela ne repose sur aucune sensation, et j’avais peur de priver ma fille du lait de fin de tétée, qui est plus gras et plus nourrissant. J’ai donc très vite donné un seul sein à chaque tétée. C’était comme ça que je le sentais, et sur ce point-là, je me suis écoutée. Il paraît que cela régule la production de lait. Je ne sais pas si c’est dû à ça, mais je me suis très vite passée de coussinets d’allaitement.

Il y a eu ensuite de longs mois sans nouvelle difficulté. Allaiter ma fille a été ensuite synonyme d’apaisement, de câlins… de bonheur, quoi ! Finalement, c’est ça qui a duré le plus longtemps, et c’est bien sûr ce que je retiendrai. Mais je tenais à livrer ce récit, car dans les premières semaines j’étais moi-même désespérément en quête de témoignages. Je savais – en théorie – que les débuts ne seraient pas évidents. J’aurais voulu qu’on me dise qu’ils pouvaient être vraiment douloureux. J’aurais voulu qu’on me dise que les premières semaines, la mise au sein fait mal. Que les seins sont gonflés et que le contact du jet d’eau de la douche est insupportable. Que tirer son lait est humiliant. Que la prise de poids du bébé est un stress permanent et une responsabilité qu’on doit porter seule. Peut-être qu’on me l’avait dit sans que je l’entende vraiment. Sur le coup, je me suis donc accrochée aux expériences de mes copines. J’ai lu et relu le livre de la Letche League, qui m’avait tellement déplu avant l’accouchement. J’y ai trouvé plein de paroles rassurantes car je me suis révélée être une mère bien plus hippie que prévu… Si c’était à refaire ? Je serais prête à tout revivre, le jeu en valait vraiment la chandelle. Et même, j’allaiterais probablement plus souvent, sans regarder l’heure, sans tout noter, en me fiant à mon ressenti, en faisant confiance à mon bébé. Je n’étais pas capable de lâcher prise la première fois. On verra ce que nous réserve la prochaine…

Et vous, vous l’avez vécu comment, votre allaitement ?

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14 commentaires sur “Récit d’un allaitement réussi (suite et fin)

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  1. Merci pour ce témoignage !
    Je m’apprête aussi à allaiter dans quelques mois et je veux absolument ne pas abandonner comme la plupart des personnes que je connais.
    J’ai noté les deux produits pour les crevasses et j’arriverai avec à la mater.
    J’espère que l’équipe sera aidé !
    Je relirai ton article quelques jours avant 😊
    J’ai quant à moi entendu qu il falkait attendre plusieurs jours avant d’introduire le bibi pour éviter la confusion sein tétine.
    Je pensais tirer mon lait après le premier mois.
    Merci encore pour toutes les infos !

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    1. J’étais terrorisée par cette affaire de confusion sein/tétine et c’est vrai que tirer mon lait m’a fait peur. Mais c’était nécessaire pour stimuler la lactation lors de sa mise en route, et s’assurer aussi que ma fille boive de bonnes quantités de lait. Elle a pris indifféremment sein et biberon au début, et finalement cela n’a pas du tout menacé mon allaitement. D’ailleurs, j’ai carrément cessé de tirer mon lait au bout de trois semaines, et je l’ai très rarement fait par la suite (pour confier mon bébé). Bref, le tire-lait reste pour moi un indispensable des débuts, et la prochaine fois j’aurai le mien pour le séjour à la maternité. Si on te propose de l’utiliser, n’aie pas peur, la mise en place de l’allaitement se fait sur plusieurs jours voire semaines, et fais confiance à ton bébé, vous progresserez ensemble.

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      1. A la maternité j’ai testé le Symphony de Medela, qui était top. Le tire lait électrique que j’ai eu en location, de la marque Kittet, n’était pas terrible. J’ai fini par lui préférer le tire manuel Avent que j’ai acheté.

        Aimé par 1 personne

  2. Merci de nous faire partager ce beau témoignage! L’allaitement n’est pas toujours une partie de plaisir, parfois ça n’aboutit pas à ce que l’on espérait. Bravo d’avoir tenu le coup, la plupart des femmes lâchent l’affaire parce que c’est trop dur.
    De mon côté, j’ai eu la chance d’avoir un allaitement sans problème, mon fils a pris le sein sans difficulté, je me suis posée mille questions tout de même, je ne m’étais pas du tout informée sur l’allaitement, mais dans l’ensemble ça a roulé tout seul!

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  3. Un témoignage que j’aurais aimé lire avant d’accoucher! Eh oui moi aussi j’aurais aimé qu’on me dise toutes ces choses difficiles des premiers temps. Mon allaitement, je ne sais pas si tu l’avais lu, a été très compliqué aussi au début, le tire lait une horreur, et tout ça à organiser avec un bebe crampon c’était vraiment dur. Mais comme tu dis avec le recul on se rend compte que ça a finalement duré relativement peu de temps. Entre 1 et 2 mois bien galères peut-être pour ma part. Mais après qu’est ce que c’est doux et agréable!

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    1. J’ai lu ton histoire, il y a pas mal de points communs,… sauf que tu as encore plus de mérite à t’être accrochée malgré l’obstacle du frein de langue. Heureusement que tu as pu toi aussi en profiter ensuite longtemps… Tu allaites toujours ton fils ? Moi je voulais arrêter pour la reprise du boulot et finalement j’allaite toujours le soir et le matin, en complément du biberon.

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  4. Je dois t’avouer que je n’avais pas envie de lire ces articles au début. Oui, je sais que c’est nul, mais je suis toujours un peu jalouse de celles qui ont réussi à allaiter alors que de mon côté ça a été un échec cuisant (bon j’ai quand même tenu deux mois mais ils ont été horribles). Et puis j’ai aimé cet article quand même 🙂 . Parce que tu parles des difficultés, et tu nous expliques comment tu les as surmontées. Et contre toute attente, tu me donnes presque envie de réessayer pour le deuxième ! Je n’en suis pas encore là, et je ne sais quand même pas si j’aurai le courage, j’ai été un peu traumatisée… Mais merci quand même 🙂 .

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  5. Je comprends ta réticence. J’ai un peu hésité à publier mes articles car l’allaitement est toujours un sujet compliqué à aborder sur la blogosphère… J’ai adoré allaiter mais je ne veux blesser personne et surtout pas avoir un discours militant. Je suis toujours gênée que les gens se positionnent pour ou contre l’allaitement, comme s’il fallait forcément choisir un camp. Bref, je viens de lire tes articles et ça me fait de la peine que tu aies dû à la fois renoncer à quelque chose qui te tenait à cœur ET subir le jugement des autres. Le démarrage de ton allaitement ressemble beaucoup au mien, et je sais que pendant un moment, j’ai marché sur un fil. J’ai eu de la chance, mes tétons eux se sont « formés » au bout de quelques jours. Si j’avais dû n’utiliser que le tire lait, je ne sais pas si j’aurais été aussi endurante que toi. Tu peux être fière d’avoir tenu deux mois dans ces conditions !

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  6. Merci c’est gentil 🙂 . C’est vrai que finalement nos débuts se ressemblent et ça m’a réconforté de lire que ça pouvait peut-être marcher quand même… De mon côté je crois aussi que j’ai un peu surestimé le problème de poids de mon fils au démarrage. On verra pour le deuxième, je n’en suis pas encore là 😉 !

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