Un mois après…

Il m’a fallu un mois pour retrouver l’envie d’écrire un article après les événements du 13 novembre. J’aurais eu des choses à raconter, pourtant. Parfois, j’ai hésité à reprendre le clavier, pour parler d’autre chose. Mais finalement, parce qu’un jour il faudra que je parle à ma fille de ce qui est arrivé, parce que par le passé m’exprimer sur le blog m’a déjà fait du bien, je me décide à poser quelques mots.

Amore

Le vendredi 13 novembre, nous avons confié l’Oursonne à mes parents. Elle devait dormir chez eux, c’était ma première nuit sans elle. Nous avions une soirée d’anniversaire à Noisy, on voulait en profiter et faire une grasse matinée le lendemain. Pendant la soirée, c’est mon frère qui nous a averti le premier de ce qui se passait. Puis nous avons tous reçu et échangé une déferlante de textos, et avons passé le reste de la soirée devant la télé, à zapper d’une chaîne d’info à une autre. Le Bataclan et tous ses otages enfermés, c’était comme une menace qui a plané sur toute la soirée. J’étais convaincue que tout le monde serait mort, j’avais peur de savoir et en même temps je voulais que le suspense s’arrête. Nous étions tous sous le choc. Aucun de nous n’est rentré à Paris ce soir-là.

Avec le gros Ours, nous avons décidé d’aller dormir chez mes parents. Nous vivons à l’Est de Paris, mais je ne crois pas que ce soit un sentiment de danger qui nous a retenu. La police avait recommandé aux Parisiens de rester chez eux, et on imaginait déjà qu’on n’aurait pas le droit de sortir de la ville le lendemain pour aller retrouver notre bébé. Je sais, c’est absurde. Mais ce soir-là, rien n’était normal ni familier : avec la déclaration de l’état d’urgence, on avait du mal à savoir si on était un pays en paix ou en guerre… Nous avons fait le trajet en voiture dans le brouillard, la peur au ventre : la mort nous paraissait si présente. Nous avons récupéré l’une de mes sœurs au passage, pour qu’elle ne rentre pas en transport. Chez mes parents, tout le monde était réveillé et rivé à la télévision. Nous avons passé du temps ensemble, eu les infos sur le Bataclan, avant d’aller faire des cauchemars dans nos lits d’appoint.

Le lendemain matin, je me suis précipitée auprès de l’Oursonne quand elle s’est réveillée. C’était si bon de la tenir dans mes bras. Je ne savais pas quoi lui dire, je crois que je lui ai simplement dit qu’il s’était passé quelque chose de grave. Ce samedi-là, en sortant dans la rue dans la ville de banlieue de mes parents, j’avais l’impression que tout le monde pensait à la même chose. Nous sommes rentrés à Paris dans l’après-midi, dans notre quartier où les bus continuaient de rouler, où les gens continuaient d’aller faire leurs courses. Nous avions invité nos amis à venir chez nous le soir. On avait tous besoin d’être ensemble, et trop peur d’aller boire un verre en terrasse. J’ai dû sortir faire quelques courses pour la soirée. Avant que je passe le pas de la porte, le gros Ours m’a dit qu’il m’aimait et m’a embrassée. Puis il est resté près de la fenêtre jusqu’à ce que je revienne pour pouvoir entendre s’il se passait quelques chose… On avait peur, très peur. Sans savoir si c’était légitime, rationnel, ridicule.

Nous avons reparlé du 7 janvier ce soir-là. Je crois qu’on a tous conclu qu’on avait bien plus peur cette fois-ci. Moi en tout cas j’étais beaucoup plus inquiète. Le 7 janvier, c’était trois jours avant mon terme. J’avais trouvé ce qui se passait grave, historique, etc. Mais je ne m’étais pas sentie en danger personnellement. Je n’avais pas senti que ce qui s’était passé pouvait changer ma vie. Les attentats eux-mêmes étaient différents. Il est probable aussi que le fait d’être parent pèse dans ma façon de ressentir les choses. Une amie m’avait dit quelques semaines plus tôt : « depuis que j’ai ma fille est née, j’ai beaucoup plus peur de faire les manèges des fêtes foraines. » On en a ri mais au fond, je crois que je ressens la même chose : depuis que je suis maman, c’est vrai, la mort est une angoisse plus forte qu’avant. Ma peur n°1 est de perdre ma fille ; et mourir moi-même arrive ensuite. Je n’ai pas envie de ne pas la voir grandir, ni qu’elle grandisse sans sa maman. Bref, tout ça n’est pas du tout réjouissant mais voilà, c’est dans cet état d’esprit que les attentats m’ont plongée, et je crois que je ne suis pas une exception. La semaine suivante a été très grave, avec encore beaucoup d’infos en direct, des minutes de silence, un passage place de la République avec le gros Ours, un texto de la mairie de Paris pour nous rappeler de fermer la porte de la crèche derrière nous…

Depuis, on a beaucoup parlé avec le gros Ours. On s’est demandé si on devait quitter Paris. Lui allait jusqu’à se demander si on devait faire des enfants dans ce monde. Je ne partage pas du tout cette façon de voir les choses, et malgré la peur je veux absolument rester optimiste. Bien sûr, qu’il faut faire des enfants dans ce monde, c’est même une raison supplémentaire de le faire ! Faire des enfants, c’est faire gagner l’amour, la paix, croire en un avenir meilleur. Moi en tout cas, j’y crois.

Hier soir, nous sommes sortis en confiant l’Oursonne à une baby-sitter. Sans imaginer le pire, sans arrière-pensée. Un vrai signal de légèreté retrouvée.

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11 commentaires sur « Un mois après… »

  1. Je comprends chacun de tes mots, chacune de tes pensées, je comprends tes angoisses, tes incertitudes … et en etant maman nos inquietudes se multiplient …
    et sinon cette sortie vous a t elle fait du bien? comment s’est passé la soirée avec la baby sitter pour l’oursonne?
    je t’avouerai que tes deux derniers paragraphes m’ont aidés, m’ont fait du bien, car pour moi c’est encore difficile même si avec le temps ca va « beaucoup » mieux …
    Nous etions toutes deux si proches … On a toutes deux quelqu’un qui connait quelqu’un ….

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    1. Je te comprends chocobon, moi aussi j’accuse pas mal le coup et je me suis relevée très doucement… La soirée s’est très bien passée pour l’Oursonne qui n’a pas vu la baby-sitter et ne s’est pas rendue compte de notre absence ! Et nous, ça nous a permis de retrouver un peu d’insouciance…

      Aimé par 1 personne

  2. Je pense que tout le monde a vécu ces événements « en direct » avec la peur au ventre, et en tout cas en prenant conscience que notre histoire et nos vies venaient de prendre un nouveau tournant. Malgré tout, et c’est en quelque sorte ta conclusion, il faut continuer à vivre, à aimer et à éduquer les enfants …

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  3. coucou maman ours, je viens aux nouvelles, voir comment ca va ainsi que petite oursonne qui va bientot souffler sa bougie si je me souviens bien (née qq jours apres mon piou piou!) bisous

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